Le rire, la moquerie, la dérision sont des entreprises de purification, de
déblaiement. Ils préparent des salubrités futures. ( Romain GARY )



jeudi 19 juin 2014

L'UMP fragilisée ...


Présentée naguère comme gage de transparence, la loi sur le financement des partis politiques n'a rien arrangé. Pour mener des campagnes à grand spectacle - d'une efficacité douteuse - les principales formations ont recours à divers expédients qui sont des bombes à retardement. L'une d'entre elles vient d'exploser à l'UMP, en raison des révélations sur les comptes de la société de communication Bygmalion, dirigée par des proches de Jean-François Copé, qui fait depuis mars l'objet d'une enquête judiciaire.

Le scandale qui couvait a éclaté le lendemain des élections européennes, lorsque l'avocat de la société Bygmalion a révélé que des sommes dépensées pour la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy avaient été imputées à l'UMP « à la demande » de dirigeants de ce parti. Le même jour, le directeur de cabinet de Jean-François Copé reconnaissait sur BFM TV des irrégularités tout en affirmant que le président de l’UMP et Nicolas Sarkozy n'étaient pas au courant.

La situation de Jean-François Copé devenait cependant intenable.
Le mard
i 27 mai, le président de l'UMP a été contraint à la démission lors d'une réunion houleuse du bureau politique. Dans une lettre aux adhérents de son parti, il a reconnu que l'UMP avait «  très vraisemblablement réglée des factures qu'elle n'aurait pas dû honorer » pendant la dernière campagne présidentielle tout en affirmant que son intégrité était « totale ». Une direction collégiale réunissant les trois anciens Premiers ministres Jean-Pierre Raffarin, François Fillon et Alain Juppé va tenter un retour à la normale et préparer un congrès qui se réunira en octobre.

La sortie de crise est problématique. Saisie de l'affaire Bygmalion, la justice poursuit à son rythme des investigations sur l'affaire Tapie, sur laquelle Claude Guéant a été interrogé au cours d'une longue garde à vue. D’autres affaires de financement douteux peuvent revenir sur le devant de la scène et bouleverser à nouveau la stratégie des dirigeants de l'UMP et plus particulièrement celle de Nicolas Sarkozy.

L'ancien président de la République peut en effet se présenter comme l'ultime recours d'un parti en grand péril et le sauveur du pays confronté aux rapides progrès du Front national. Encore faut-il que son innocence, souvent proclamée, ne soit pas mise en cause par la justice au cours des trois prochaines années.

De plus, Nicolas Sarkozy est gêné par François Fillon et Alain Juppé, qui contrôlent désormais l'appareil et qui veulent que l'UMP organise pour la prochaine présidentielle des primaires auxquelles l'ancien président, à tort ou à raison, se refuse. François Fillon sait que les circonstances lui sont désormais favorables et il tentera de pousser son avantage malgré le déficit de «  charisme » que lui reprochent les médias.

Le Front national, qui mise depuis 2012 sur un éclatement de l'UMP, est conforté dans ses espoirs de voir son candidat arriver en tête du premier tour de la prochaine présidentielle et de se retrouver alors avec un groupe important au Parlement. Car le Parti socialiste est profondément divisé et tiré vers l'abîme par un François Hollande au comble de l'impopulari.

D'ici 2017, il y a théoriquement trois ans pour permettre une recomposition des forces politiques. Mais son rythme et ses tendances sont imprévisibles. La progression du Front national n'est pas irrésistible; les destins des chefs de la droite et de la gauche sont soumis aux juges, aux investigations médiatiques et aux mouvements, parfois surprenants, d'une opinion publique qui s'exaspère.

Patrick JOURON

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