Le rire, la moquerie, la dérision sont des entreprises de purification, de
déblaiement. Ils préparent des salubrités futures. ( Romain GARY )



lundi 3 août 2015

Un sondage d'un réel intérêt...

                                     

Ce n'est jamais qu'un sondage, mais il donne à réfléchir, pour le moins. Selon cette enquête réalisée par l'IFOP pour RTL, si le premier tour de la présidentielle avait eu lieu hier 2 août 2015, Alain Juppé serait en tête du premier tour avec 28% des voix contre 23% pour Nicolas Sarkozy. De son côté, Marine Le Pen totaliserait 27% face à Nicolas Sarkozy. Au centre, François Bayrou obtiendrait 9% face à Alain Juppé et 13% face à Nicolas Sarkozy.
A gauche, la catastrophe est annoncée puisque dans les deux hypothèses (avec ou sans Juppé), François Hollande serait absent du second tour avec 18% face au maire de Bordeaux et 21% face à son prédécesseur. Jean-Luc Mélenchon obtiendrait 9% quel que soit le candidat de droite, tandis que Cécile Duflot, si elle se présentait, devrait se contenter d'un modeste 3%. Pire encore pour la gauche, Alain Juppé attirerait 22% des électeurs de François Hollande en 2012, tandis que la président du Front national n'obtiendrait «que» 16% des voix de ces mêmes électeurs. L'actuel locataire de l'Elysée a décidément du souci à se faire.
Il n'est d'ailleurs pas le seul. Nicolas Sarkozy, avec toute son énergie, ne semble pas avoir réussi totalement son retour. C'est même le moins qu'on puisse dire. Accroché à la stratégie qui lui avait réussi en 2007, il rêve encore de pouvoir siphonner l'électorat d'un Front national qui a entre-temps opéré une mue radicale. Il est significatif que 14% de ses électeurs de 2012 aient changé leur fusil d'épaule et affirment leur intention de voter pour Marine Le Pen.
Mais la grande leçon de ce sondage est évidemment le retour en force d'Alain Juppé, un peu trop vite enterré il y a quelques années. L'ancien Premier ministre de Jacques Chirac, avec son positionnement de centre-droit, joue aujourd'hui les rassembleurs. On a oublié les « affaires », mais aussi son difficile passage à Matignon en 1995. Alain Juppé rassure: il a l'expérience, la rigueur et la culture du pouvoir, mais aussi la sagesse qu'apportent les échecs et l'âge. Il rappelle enfin le temps où le président de la République pensait d'abord à présider.
Mais ces atouts incontestables risquent de se heurter aux pesanteurs de l'appareil des « Républicains » essentiellement tenu par les sarkozistes. Il est trop tôt pour annoncer le vainqueur de la présidentielle de 2017, mais on peut déjà dire que s'il ne franchit pas la barre des primaires, Alain Juppé le devra à la logique d'une vie politique où les partis, oublieux de l'intérêt général, ne sont rien d'autre que des machines au seul service des ambitions politiciennes de quelques-uns.



                                                                                                                                 Patrick JOURON

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