Alors qu'elle se cherche une stratégie, la CGT est passée à l'offensive à la SNCF et sur le front des intermittents du spectacle. Avec des résultats pour le moins contrastés.
Il y a beaucoup de désarroi à la CGT. La succession de Bemard Thibault s'est mal passée, le nouveau secrétaire général, Thierry Lepaon, ne parvient pas à imposer son autorité et la division règne dans la plus vieille confédération française. Dans ce climat plombé, les offensives locales sont les bienvenues. Certes, elles ne se déclenchent pas sans raison. La réforme de la SNCF en est une, celle du régime des intermittents du spectacle en est une autre.
La
grève à la SNCF a duré dix jours - si l'on ne compte pas les derniers foyers de résistance - et l'objectif proclamé était de dénoncer le découpage de l'entreprise en trois établissements publics, tel qu'il était prévu par le projet de loi. Le gouvernement ne pouvait pas reculer en raison des engagements pris à Bruxelles sur le plan de l'ouverture à la concurrence et il lui fallait parier sur l'étiolement d'une grève par ailleurs très impopulaire parce qu'excessivement coûteuse. La CGT savait qu'elle ne pouvait remporter la victoire mais ses militants cheminots étaient contraints de livrer bataille pour ne pas se laisser déborder sur sa gauche
par Sud-Rail, très actif dans la contestation.
Le
gouvernement a beaucoup plus de mal avec les intermittents du spectacle, en grève pour la défense de leur statut, contre l'accord Unedic conclu le 21 mars entre le Medef et la CFDT. L'affaire est complexe. Les intermittents travaillent et assurent pour partie l'activité d'un secteur culturel qui est presque aussi important que celui de l'agriculture et des industries alimentaires: on voit bien l'intérêt d'un grand festival pour une ville et pour l'attrait touristique d'une région mais il faut aussi penser à l'industrie de l'audiovisuel et aux nombreux techniciens qu'elle emploie - souvent dans des conditions de précarité injustifiée qu'on dénonçait déjà il y a dix ans car maints
contrats devraient être à durée indéterminée. En France, on compte plus de 250000 intermittents déclarés et environ 110000 qui bénéficient des avantages accordés par le statut, soit 3,5 des bénéficiaires des allocations chômage et 3,4 des dépenses de
l'Unedic. Pour bénéficier d'une allocation, il faut justifier de 507 heures de travail sur dix mois pour les techniciens et sur dix mois et demi pour les artistes.
Le patronat, qui souligne que le statut des intermittents est une exception française, milite depuis des années pour sa suppression pure et simple, pour faire faire des économies à l'Unedic et par crainte de voir l'ensemble des travailleurs précaires revendiquer un statut d'intermittent. Du côté des métiers du spectacle, on défend le statut et un mouvement de grève a été lancé, qui fait peser une menace d'annulation sur les festivals de l'été. Motifs: le plafonnement du cumul entre le salaire et les indemnités chômage, l'augmentation des cotisations sociales des intermittents et une extension du « différé » - c'est-à-dire du retard à l'ouverture des droits aux allocations.
Pour
éviter le prolongement de la grève, le Premier ministre a nommé le 7 juin un médiateur pour préparer une concertation puis, sans attendre son avis, il a confirmé l'accord du 22 mars sur l'assurance-chômage tout en annonçant une concertation pour refonder le statut des intermittents. Face à Manuel Valls qui souffle le chaud et le froid, la CGT a maintenu la grève et les festivals de l'été restent menacés.
Patrick
JOURON
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