Comme tous ses prédécesseurs, le gouvernement de Manuel Valls s'efforce de convaincre les Français que l'augmentation
fiscale ne touchera qu'une partie d'entre eux, évidemment la plus fortunée, et que les autres non seulement n'ont rien à craindre mais
verront même leur quote-part réduite. Ce faisant, il s'éloigne encore un peu plus de
cette égalité devant l'impôt qui est censée constituer une base du système mis en place par la Révolution de 1789. La simple pédagogie et le bon sens le plus élémentaire devraient pourtant pousser à faire payer tout le monde afin que chacun se sente
copropriétaire des biens communs dont dispose la nation: si on ne participe pas au financement de tous les équipements permettant aux habitants de vivre ensemble, comment devient-il possible de responsabiliser ceux qui en profitent sans rien acquitter ?
Le
vocabulaire courant utilise souvent un " ils "
extrêmement indéfini, permettant de ne pas se sentir solidaire de ceux qui dirigent ou de ceux qui paient - d'ailleurs parfois perçus comme le même groupe. Cette attitude est encouragée par la mentalité plus ou moins marxiste et révolutionnaire qui considère les entrepreneurs non comme les créateurs des richesses dont tout le monde a besoin mais comme des accapareurs et des affameurs auxquels il convient de faire rendre gorge: être riche, en France, constitue non seulement un
crime condamnant à donner toujours plus au sacro-saint État mais une tare morale discréditant quiconque justifie ou même simplement explique le mécanisme. Seuls en sont exemptés les joueurs de football, les vedettes du show-biz et les grands patrons sachant se donner une image de gauche, notamment par le biais de la culture.
Du
coup, le monde de la vie quotidienne devient de plus en plus irréel. Le citoyen ne sait plus quoi penser. D'un côté, il côtoie des employés des services publics, des intermittents du spectacle, des dockers et autres marins qui le prennent régulièrement en otage. De l'autre, il voit les milliardaires en euros passer cette année à 67 - soit 12 de plus que l'an passé - et la fortune des 500 professionnels les plus riches s'accroître de 15% en un an, avec 1% de la population détenant 25% de la richesse nationale - contre 23% en 1970.
Pendant ce temps-là, le gouvernement parle réforme et simplification. Manuel Valls annonce ainsi qu'il va raccourcir les lois sociales mais il augmente les 3 648 pages du Code du travail en confirmant la mise en place du compte pénibilité, qui ne sera que différée - tout comme, vraisemblablement, la hausse des seuils déclenchant les obligations sociales dans les entreprises. Il faudrait aussi se pencher sur le regroupement des collectivités locales, qui auraient avant tout besoin d'une autonomie placée sous le contrôle direct des citoyens pour veiller à ce que les administrations locales se montrent parcimonieuses et efficaces dans leurs
dépenses, afin que la richesse publique ne se perde pas dans le gouffre de la fonction publique.
Patrick JOURON
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