Le rire, la moquerie, la dérision sont des entreprises de purification, de
déblaiement. Ils préparent des salubrités futures. ( Romain GARY )



mardi 4 novembre 2014

Un couac au gouvernement !


Encore un couac au sein du gouvernement. Alors que, deux jours auparavant, F. Hollande avait renvoyé à des négociations au « moment voulu » la réforme de l'assurance- chômage proposée par M. Valls, E. Macron, ministre de l'Economie revient à la charge dans une interview au Journal du Dimanche, quitte à déplaire au chef de l'Etat, mais aussi au Parti Socialiste. On peut analyser l'affaire en termes de rapports de force. Soucieux de se démarquer d'un président de la République affaibli, le tandem Valls-Macron entend rassurer la Commission Européenne et donner une image de gouvernants responsables et réformateurs, afin de préparer la présidentielle de 2017. Il s'agirait en outre de s'aventurer sur l'espace d'un Alain Juppé de plus en plus menaçant (bien plus que Sarkozy). Dans cette configuration, Hollande n'aurait plus qu'à s'appuyer sur la gauche du PS, à ses risques et périls. Mais ce nouvel accrochage au sein du gouvernement pose un problème autrement plus redoutable, celui de l'identité de la gauche. La réforme de l'assurance-chômage prônée par le Premier ministre et son ministre de l'Economie serait clairement une politique dangereuse pour le PS, dangereuse électoralement, mais aussi en termes d'image et de cohésion. Surtout, elle signerait la fin d'un certain modèle social considéré à tort ou à raison comme un marqueur de gauche. En somme, la question est : en quoi le gouvernement pourrait-il se dire « de gauche » après une telle réforme? Ici, il ne s'agit plus seulement de calculs politiciens ou de gestion, mais d'un problème quasi philosophique: celui d'un courant de pensée qui n'arrive pas à gouverner sans se renier. Le problème vient de loin, ts précisément du tournant de la rigueur pris en 1983. On le retrouve aussi dans la fameuse phrase de Jospin en 2002 : « mon programme n'est pas socialiste ». Aujourd'hui, les réformes sociétales n'empêchent pas les couches populaires de se détourner de la gauche, non seulement de la gauche dite « de gouvernement » mais de la gauche « de la gauche » censée être plus file au vieux rêve socialiste. Lorsqu'il dénonce un « tabou » Emmanuel Macron ne sait pas de quoi il parle. Reste une gauche qui commence à se demander de quoi elle est vraiment le nom.

Patrick JOURON

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