Encore un couac au sein du
gouvernement. Alors que, deux jours
auparavant, F. Hollande
avait renvoyé à
des négociations au « moment
voulu » la réforme de l'assurance- chômage proposée par M. Valls, E.
Macron, ministre de
l'Economie
revient à la charge dans une interview
au Journal du Dimanche, quitte à déplaire au
chef de l'Etat, mais aussi
au Parti Socialiste. On peut
analyser l'affaire en termes de rapports de
force. Soucieux
de se démarquer d'un président de la République affaibli, le
tandem Valls-Macron entend
rassurer la Commission Européenne et
donner une image de gouvernants responsables
et réformateurs, afin de préparer la
présidentielle de 2017. Il
s'agirait
en outre de s'aventurer sur l'espace
d'un Alain
Juppé de plus en plus menaçant (bien plus que
Sarkozy). Dans
cette configuration, Hollande n'aurait
plus qu'à s'appuyer
sur la gauche du PS, à ses risques
et périls. Mais ce nouvel accrochage au sein
du gouvernement pose un problème autrement plus redoutable,
celui de l'identité de la gauche. La réforme de l'assurance-chômage
prônée par le Premier ministre et son ministre de
l'Economie serait
clairement une politique dangereuse pour le PS, dangereuse électoralement, mais aussi en
termes d'image
et de cohésion. Surtout, elle signerait la fin d'un
certain modèle social considéré à tort ou à raison
comme un marqueur de gauche. En somme, la
question est : en quoi le
gouvernement pourrait-il se dire « de
gauche »
après
une telle
réforme? Ici, il ne
s'agit plus
seulement de calculs politiciens ou de gestion, mais d'un
problème quasi philosophique: celui d'un
courant de pensée qui n'arrive pas à gouverner sans se renier. Le problème
vient de loin, très précisément du tournant de la rigueur pris en
1983. On le
retrouve aussi dans la fameuse phrase de Jospin en 2002 : « mon programme n'est pas
socialiste ». Aujourd'hui, les
réformes sociétales n'empêchent pas les couches populaires
de se détourner de la gauche, non
seulement de la gauche dite « de
gouvernement »
mais de la gauche « de la
gauche » censée être plus fidèle au vieux rêve
socialiste. Lorsqu'il dénonce un « tabou » Emmanuel Macron ne sait pas de quoi il parle.
Reste une gauche qui commence à se
demander de quoi elle est vraiment
le nom.
Patrick JOURON
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