Le rire, la moquerie, la dérision sont des entreprises de purification, de
déblaiement. Ils préparent des salubrités futures. ( Romain GARY )



mercredi 9 septembre 2015

Journalistes ?..




A première vue, l'affaire paraît tristement banale: deux journalistes reconnus accusés d'avoir monnayé leur silence et la non-parution d'un livre dénonçant les agissements du roi du Maroc contre un gros paquet de billets.
Voilà qui nous ramène à cette spécialité de la 3ème République que l'on appelait la presse « à chantage» : le patron d'un journal annonçait la parution d'un article compromettant et son intention d'y renoncer moyennant une indemnité «raisonnable ».
Pourtant, Eric Laurent et Catherine Graciet, les deux journalistes mis en cause, ne sont nullement des fripouilles. Ce sont au contraire des journalistes d'investigation reconnus, et sérieux.
Eric Laurent a trente ans d'une honorable carrière derrière lui, et, jusqu'à aujourd'hui, il ne s'est jamais gêné pour dénoncer les aspects les plus troubles de la cour de Rabat. Quant à Catherine Graciet, ses précédentes publications, qui portent essentiellement sur les relations troubles entre nos dirigeants, rendent l'histoire difficilement compréhensible.
Sans anticiper sur les conclusions de l'enquête (chantage ou manipulation ?), encore moins sur un verdict éventuel, on peut se demander ce qui a poussé les deux journalistes à de tels agissements. Ici le «tous pourris» étendu aux journalistes n'explique rien, pas plus que l'accusation très à la mode de « journalisme de connivence ». On oublie un peu trop facilement qu'en dehors de quelques personnalités, la grande masse des journalistes ne bénéficie pas de revenus mirobolants, surtout dans un système où la précarité se généralise dangereusement. Ce n'est pas un hasard si Eric Laurent et Catherine Graciet ont mis en avant des excuses financières.
Aujourd'hui, le secteur de la presse (sous forme papier, mais aussi en ligne) traverse une grave crise. La plupart des magazines et des journaux censés « faire l'opinion» dépendent en grande partie de leurs gros annonceurs ou de leurs commanditaires, qui, même inconsciemment, grignotent de l'intérieur le mythe de l'indépendance de la presse.
La presse écrite, comme la radio et surtout la télévision coûtent cher. Tout se passe comme si nos deux journalistes avaient fini par craquer et à vouloir tâter de l'immense gâteau que l'on ne cesse de faire passer devant leurs yeux.
Une excuse? Certainement pas.
Une explication tout au plus, mais cette explication, même incomplète pose de graves questions sur la crédibilité de nos médias nationaux... ou régionaux.
Patrick JOURON

 

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