Le rire, la moquerie, la dérision sont des entreprises de purification, de
déblaiement. Ils préparent des salubrités futures. ( Romain GARY )



mercredi 24 septembre 2014

Se cacher derrière les mots ...


Alors qu'on assiste à un affadissement de la langue, soumise à nombre de simplifications et d'approximations, les mots semblent tenir une place de plus en plus importante dans la vie quotidienne, y compris au niveau politique. Non seulement on se gargarise d'expressions à la mode et de néologismes inutiles, mais on se réfugie derrière des termes dont la fonction première sert ainsi à déguiser ou cacher les réalités. Du coup, celles-ci apparaissent moins gênantes et peuvent être récupérées par le politiquement correct dont les normes s'imposent de plus en plus, souvent de façon subreptice.
L'exemple le plus manifeste se trouve dans le discours politique.
Admettons que les réponses à des questions plus ou moins impromptues révèlent de bonnes surprises puisque leur spontanéité peut garantir un minimum de véri, au moins circonstancielle. Mais les allocutions officielles et les écrits imprimés, bien souvent préparés par des communicants - le président tchèque Vaclav Havel était l'un des rares à les écrire lui-même -, nagent généralement dans un pathos très conformiste ; sans les effets oratoires d'autre fois, tels ceux de Charles de Gaulle ou de François Mitterrand, ils se contentent de suivre l'air du temps tout en répétant les mêmes vœux et les mêmes affirmations. Ils donnent l'impression qu'il suffit de dire pour que la chose existe et qu'il suffit de parler pour que les réalités changent.
Bref, le règne des mots remplace l'action des hommes.
Cela éclate dans les disputes pseudo-conjugales entre le chef de l'État et sa deuxième compagne officielle. Au livre de l'une répond l'interview de l'autre, avec entre les deux des textos paraît-il soigneusement conservés. Opposés aux mâles déclarations de la campagne présidentielle, ils donnent une image plutôt vacillante de celui dont on espère qu'il veille mieux à la sécurité des Français qu'à la sienne propre. Dans ce cas, les mots ne font plus guère figure que de leurres, vite oubliés
dans les poubelles de l
'Histoire ou dissimulés sous les coussins de la chambre à coucher. Comment ne pas s'interroger alors sur la valeur des proclamations lancées à la face des Français, qu'il s'agisse de leurs conditions de vie ou des directives données à la diplomatie et à l'action militaire? et que peuvent signifier les engagements pris à Bagdad et les exhortations à la conférence internationale réunie à Paris, du type « il n'y a pas de temps à perdre» ?
Il conviendrait d'ailleurs de dénommer correctement les tragiques événements survenus en Irak depuis qu'un « État islamique» y a proclamé son existence, même limitée. Plutôt que d'exode des chrétiens - et d'autres minorités - on ferait mieux de parler de chasse à l'homme et de volonté d'élimination physique. Quant aux malheureux otages dont des vidéos diffusent les derniers moments, leur assassinat ne saurait être camouflé en une exécution et leur égorgement ne peut être ramené à une décapitation. Les mots aussi doivent rendre compte de la barbarie.
 
                                                                                                   Patrick  JOURON


 

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